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Parcours

René Allio naît le 8 mars 1924 à Marseille, dans un milieu modeste, d’un père fils d’immigré italien et d’une mère provençale. Il partage sa  jeunesse d’enfant unique entre la cité phocéenne et Florac, dans les Cévennes rocheuses, où la famille passe ses vacances. Ces lieux, comme ses origines populaires, marqueront toute son œuvre.

Après le lycée, le jeune homme choisit la voie des arts plastiques et, pour eux, « monte à Paris ». Dès 1953, parallèlement à son activité de peintre, il met son talent de concepteur de costumes et de scénographe au service de metteurs en scène tels qu’André Reybaz et Hubert Gignoux. Quelques années plus tard, il entame une longue collaboration avec Roger Planchon, au Théâtre de la Cité de Villeurbanne, introduisant l’art théâtral en région comme en banlieue.

Tout au long de sa vie, Allio travaillera, pour le théâtre mais aussi pour le ballet et l’opéra, avec de grands metteurs en scène français et étrangers comme Bronislaw Horowicz, Jean Jourdheuil, William Gaskill, Marco Bellochio… et Gabriel Garran pour lequel il concevra le théâtre de la Commune d’Aubervilliers.

Au début des années soixante, il réalise un court-métrage destiné à être projeté entre les tableaux des Âmes Mortes, la pièce de Gogol montée par Planchon. C’est sa première approche du 7e art. Au même moment débute sa collaboration fructueuse avec l’architecte et urbaniste Paul Chemetov qu’il retrouvera à plusieurs reprises, notamment pour concevoir le théâtre en plein air d’Hammamet et rénover, à Paris, la Galerie de zoologie du Muséum national d’histoire naturelle, inventant par la-même une nouvelle muséographie.

Allio aime écrire, raconter, et, depuis les années 1950, note sur des carnets ses réflexions sur son travail ou sur celui d’autres artistes, rend compte de ses lectures et de ses voyages, commente l’actualité... Mais c’est avec le cinéma qu’il trouve son plein accomplissement, signant en 1964 son premier long-métrage, La Vieille Dame indigne, qui le fait connaître. Dans  ce film comme dans la plupart des suivants, il explore, de façon insolite, l’univers des humbles et restitue la parole de ceux qui, comme il l’a écrit avec lucidité, « n’ont pas d’histoire ».

À la fin des années soixante-dix, et jusqu’au milieu des années quatre-vingt, en pionnier, le cinéaste fonde, à Vitrolles, avec une équipe enthousiaste, le Centre méditerranéen de création cinématographique lequel, bien qu’éphémère, fera émerger de jeunes talents tels Robert Guédiguian et Jean-Pierre Denis.

Attentif aux voix du passé, Allio explore les mémoires individuelles et collectives des hommes et des femmes qui, d’ordinaire, laissent peu de traces. Il les fait résonner dans notre présent avec des films adossés aux recherches d’historiens comme Georges Duby, Philippe Joutard, Arlette Farge ou Jean-Pierre Peter.

 

Ces dernières années, l’œuvre de cet artiste majeur du XXe siècle est sortie d’un injuste oubli avec d’une part l'organisation de plusieurs colloques et journées d'étude, la parution de plusieurs ouvrages dévolus à ses réalisations théâtrales et filmiques, d’autre part l’édition intégrale du journal qu’il a tenu, entre 1958 et 1995.

Mais René Allio fut également un historiographe, qui a tenté de relater au cinéma, en exploitant au maximum les potentialités du langage filmique et du système actoriel, divers épisodes du passé national : la révolte des Camisards, dans les Cévennes, quelques années après la révocation de l’Édit de Nantes, la vie quotidienne de paysans normands, sous la Restauration et la monarchie de Juillet (Moi, Pierre Rivière…), l’introduction de la médecine moderne au village à la veille de la Révolution Française (Un Médecin des Lumières), Marseille sous l’Occupation (Transit)…

 Or, rien, à ce jour, n’a porté spécifiquement sur l’écriture filmique de l’histoire proposée par cet artiste singulier. Le moment était donc venu de rassembler et de mettre à disposition, non seulement des chercheur.e.s et et des étudiant.e.s en histoire mais aussi du lectorat le plus vaste possible, des archives accompagnées de témoignages inédits de ses plus proches collaborateurs, portant exclusivement sur les 7 films historiques qu’il a signés.

 

Annette Guillaumin et Myriam Tsikounas

 

 

Guy Gauthier, Les Chemins de René Allio, Paris, Le Cerf, 1993, 264 p. ; Sylvie Lindeperg, Myriam Tsikounas et Marguerite Vappereau (dir.), Les Histoires de René Allio, Rennes, PUR, 2013, 328 p. ; Sylvie Lindeperg, Myriam Tsikounas et Marguerite Vappereau (dir.), René Allio, le mouvement de la création, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2017, 299 p. ; Maxime Scheinfeigel et Myriam Tsikounas (dir)., René Allio. Écrits d'écran, Paris, Ina/L'Harmattan, 2018, 210 p.

René Allio, Les Carnets, présentés par Gérard-Denis Farcy et Annette Guillaumin, avec le concours de Myriam Tsikounas et Marguerite Vappereau, Préface d’Arlette Farge, Montpellier, L'Entretemps, 2015, 284 p. ; René Allio, Les Carnets 2, présentés par Annette Guillaumin et Myriam Tsikounas, préface de Nicolas Philibert, Montpellier, Deuxième Époque, 2018, 472 p. ; René Allio, Les Carnets 3, présentés par Annette Guillaumin et Myriam Tsikounas, préface de François Amy de la Bretèque, Montpellier, Deuxième Époque, 2021, 459 p. ; René Allio, Les Carnets 4, présentés par Annette Guillaumin et Myriam Tsikounas, préface de Robert Guédiguian, Montpellier, Deuxième époque, 2022, 525 p.

© Centre d'histoire du XIXe siècle

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